L’amour est loin, tu peux l’attendre…

« …Tu ne l’attends plus, il est là  » composait Bizet pour son opéra Carmen. Mais quand l’amour arrive alors qu’on n’y croit plus, comme ça sans crier gare… on fait quoi à part paniquer ?

Comme chaque année, nous avons fêté la Saint-Valentin, une fête romantique pour une partie de la population, une fête commerciale pour une autre – une fête censée célébrer l’amour, selon la définition que chacun peut s’en faire. Il s’est trouvé que c’est la toute première fois de ma vie que je suis en couple lors de la Saint Valentin. Il se trouve d’ailleurs que c’est la première fois de ma vie que je suis en coupleTM, tout court.

Je ne vais pas vous raconter ma Saint Valentin – déjà parce qu’on était en retour d’un court périple dans le Périgord pour voir ma famille alors on a repoussé cette journée romantiqueTM à plus tard ; aussi parce que j’aimerais parler principalement de l’influence qu’ont pu avoir les histoires d’amour sur nous, notre propre conception de ce que c’est d’aimer quelqu’un et d’accepter de l’être en retour.

Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais s’il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. »

alfred de musset, « on ne badine pas avec l’amour », 1834

Tout n’a pas été simple, de mon côté. Et pourtant tout s’est fait très simplement. Mon cher et tendre est un ami de longue date de ma sœur, et notre relation a pris un autre tournant en 2021. Et malgré la confiance mutuelle assez incroyable qu’il y a entre nous deux depuis le début de cette histoire, mon anxiété s’est fait une joie d’attaquer avec ardeur chaque détail de cet amour pourtant… très sain ? Maintenant que la tempête est passée – et je tiens absolument à vous dire comment elle a fini par passer – je me rends compte que ça n’était pas seulement que c’était « nouveau » pour moi d’être /en couple/. Plutôt que j’avais une conception de l’amour tellement mal conditionnée que j’ai failli rater ce petit bout de bonheur que je vis à présent.

Je n’ai pas eu beaucoup de modèles de réussite en la matière autour de moi alors forcément depuis mon plus jeune âge, je me nourris de tout ce que je vois et lis et regarde. Et en véritable coeur d’artichaut que je suis, les grandes histoires passionnées d’amoures tortueuses ont réussi à forger en moi l’idée inconsciente que si les sentiments ne sont pas exacerbés et tourmentés par la vie ou par ses principaux intéressés, alors ils ne peuvent être « amoureux ». Ouch.

Il y a tellement d’exemples en la matière que je ne sais même pas par où commencer. On trouve ces dynamiques toxiques autant dans la littérature classique, les mangas, les séries tv et films que dans les paroles de chanson. Perpétuellement, on excuse les un.es d’être des affreux jojos et les autres de manipuler leur entourage sous prétexte de romantisme. Et à grandir dans ce bain toxique, on finit par absorber ces dynamiques comme si toute autre voie était impossible, voire inconcevable.

Mais – et si l’amour n’avait pas à être dramatique ni toxique pour être beau ? Et s’il n’avait pas à en valoir la peine ? S’il pouvait simplement naître et grandir, s’installer petit à petit, se manifester sous bien des formes et parfois même au risque de passer inaperçu ?

Sur le coup, elle m’avait paru belle et je me l’étais répétée plusieurs fois pour être sûre de bien comprendre toute la sagesse qui s’y cachait. Puis elle m’est revenue plus tard, un soir, et c’est là que ça m’a frappée. J’étais alors rongée par l’angoisse de ne pas aimer comme il fallait mon autre, de ne pas l’aimer suffisamment, de ne pas l’Aimer avec un grand A. Je ne ressentais pas la fougue ni les tourments, tout était presque trop confortable et j’en venais carrément à songer lui dire que rester amis était peut-être la meilleure chose à faire. J’avais si peur de le blesser, et lui paraissait si sûr alors que je me noyais dans l’incertitude. C’est cette phrase de L’Alchimiste qui m’a enfin sortie de mes torpeurs. Car quand elle m’est revenue, j’ai pris le problème à l’envers : et si ce que je vivais là était en fait une bénédiction que je n’étais pas prête à accepter… quelle malédiction en résulterait ?

Au début du mois de février, je me suis lancée dans la lecture de L’Alchimiste de Paulo Coelho. C’est un conte philosophique très mignon et bien plus profond que ce à quoi je m’attendais. On y suit un berger espagnol en quête d’un trésor qui l’attend « sous les pyramides », qui va apprendre beaucoup de la vie et du monde sur la route. Et nous aussi, avec lui. J’ai dévoré ce livre et il m’a fait verser quelques larmes – notamment car j’y ai trouvé (parmi plein d’autres) cette jolie et sage phrase :

Toute benediction qui n’est pas acceptée se transorme en malédiction.

Paulo Coelho, « l’alchimiste », 1994

Et je me suis vue si malheureuse. A repenser à cette histoire d’amour avortée par la peur de ne pas rentrer dans un moule que je croyais imposé, et à désespérer de ne jamais pouvoir revivre cette chance, cette bénédiction de l’avoir un jour trouvé. C’était une malédiction que je ne me voyais pas vivre jusqu’au restant de mes jours. « Ca ne sera pas ma malédiction », je me suis dit. Et un poids énorme s’est soudain enlevé de mes épaules. J’étais soudainement décidé à ne plus laisser la peur prendre le dessus, à faire confiance à mon autre, et surtout à moi-même.

Et puis il y a eu cette vidéo recommandée par mon algorithme YouTube, qui m’a également aidée à déceler et remettre en question quelques mécanismes en moi que je n’avais jusqu’alors même pas soupçonnés.

Dans cette vidéo, Ali Abdaal revient sur quelques concepts développés par Logan Ury dans son livre How to not die alone. Pas très férue des « self-help books », j’avoue trouver leurs critiques bien plus intéressantes et celle-ci m’a presque donné envie d’acheter le bouquin, c’est pour dire. C’est surtout que les points soulevés par Abdaal (et donc Ury) ont résonné en moi au point de me poser quelques minutes après la vidéo pour continuer à réfléchir sur les idées qu’on venait de m’exposer. J’en suis ressortie un peu plus alerte quant à mes bêtises et donc bien plus motivée encore à attaquer de front les normes qui m’empêchaient de m’épanouir dans ma nouvelle vie de couple. Je ne peux donc que vous recommander cette vidéo (et même ce youtuber, honnêtement).

Bien sûr, malgré ces deux petites épiphanies, mon anxiété me joue encore des tours, car je ne peux savoir ce que nous réserve l’avenir. Mais encore hier, je regardais la seconde saison de Love is Blind sur Netflix, et j’ai été consternée à plusieurs reprises devant la bêtise de certains participants. Fan de la première saison, ces récents épisodes me plongent quant à eux dans un malaise quasi systématique et bien moins fun. J’ai l’impression qu’on est finalement beaucoup à avoir des conceptions complètement faussées de ce que l’on croit devoir rechercher chez l’autre, et de comment on est supposer aimer « bien ». Et ça n’a l’air de rendre personne heureux, en plus, bien au contraire.

« Je m’attendais à rien mais chu quand même déçu », en gros.

.Je continuerai malgré tout à lire, écouter, regarder tout ce qui touche de près comme de loin à l’amour, parce qu’on en retrouve partout et que c’est une source inépuisable d’inspiration. Je continuerai aussi parce que tout n’est pas que mensonge et désinformation. Il y a encore des œuvres belles qui donnent espoir et font rêver. Et les choses changent, les réflexions -tout comme la mienne- se font d’ores et déjà et la progression s’effectue petit à petit. Nous continuerons d’apprendre, à nous respecter, à nous choyer, à nous aimer, avec bienveillance, confiance et tendresse. Et nous ferons tout cela ensemble.

je veux que nos caresses emmêlées soient notre essence, que nos ivresses soient le fruit de réjouissances, que la tendresse soit toujours placée devant ce temps qu’il reste à nous aimer.

Ben Mazue, « gaffe aux autres », 2020

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