Les 7 et 8 juin 2019, BTS s'est produit au Stade de France devant plus de 70.000 personnes.

BTS au Stade de France : fan, journaliste, ou les deux ?

« Teamwork makes the dream work. » Ce slogan régulièrement utilisé par BTS et sa communauté de fans, les ARMYs, n’a jamais semblé aussi juste que ce vendredi 7 juin.

Les sept artistes doivent fouler la scène du Stade de France pour y donner un spectacle long de trois heures. Parmi les 70.000 personnes présentes, l’agence Dawbell a invité une ribambelle de journalistes afin de faire écho à ce concert évènement.

Assise au milieu de ces professionnels de l’information, je me révèle être une stagiaire un peu particulière : envoyée par Le Figaro, je suis la seule du petit groupe à connaitre BTS avec précision. Retour sur l’expérience la plus mémorable de ma (petite) carrière de journaliste.

16h58. Je suis autorisée à quitter le service Culture, encore tout émoustillé de la défaite de Roger Federer face à Rafael Nadal en demi-finale de Roland Garros. Qui a dit qu’un article sur les « au revoir » de Céline Dion à Las Vegas ne pouvait pas s’écrire en regardant un match de tennis ? On me souhaite bon courage, je vais effectivement en avoir besoin : la nuit risque d’être courte.

17h34. L’arrivée au Stade de France se fait dans le froid : le vent souffle avec puissance et ma pauvre petite veste peine à m’en protéger. Non, je ne tomberai pas malade ce soir, j’ai tout un article à écrire sur ce concert, alors pas question d’attirer tous les virus du patelin. Conscience professionnelle oblige, je me retrouve à acheter un imperméable au magasin de sport aux abords du stade gigantesque, pour me protéger de l’averse qui ne tarde pas à se déclencher.

18h50. Je retrouve enfin Lauren de Dawbell, qui vient de Londres spécialement pour me remettre mon invitation au concert. Il doit commencer à 20h. Pas de temps à perdre, je me rends à la porte H, qui fort heureusement n’est pas très loin. Dans la queue, je fais connaissance avec Jessica, une étudiante néerlandaise qui a fait le déplacement. Je lui pose quelques questions sur son rapport à la K-pop et à BTS. Elle dit les connaitre depuis longtemps. Elle regrette de ne pas être allée au concert de Londres, la pluie risque de gâcher celui de Paris. Je rencontre également deux Français venus de Poitiers.

19h11. J’ai trouvé ma place en tribune basse et le temps semble s’être calmé. Le soleil commence même à pointer le bout de son nez. Dans le stade, les fans investissent de plus en plus les lieux, lancent des hola et chantent avec enthousiasme les chansons de BTS en même temps que les clips sont diffusés. D’autres sont partis s’acheter à boire et à manger aux buvettes situées à l’arrière. Une fan assise sur la rangée devant moi me prévient : elle compte beaucoup crier pour encourager le groupe et s’excuse par avance. D’autres journalistes viennent s’installer autour de moi : NRJ, Paris Match… Ils ne connaissent pas BTS. Derrière moi, certains révisent les prénoms des chanteurs à la dernière minutes. A ma droite, d’autres interrogent les ARMYs assis autours d’eux. A ma gauche, on soupire et regrette déjà d’être « au milieu de tout ça ». Sur la scène, le staff du Stade de France éponge l’eau de pluie avec des serviettes en coton.

20h18. BTS a du retard, mais la scène s’anime enfin. Lorsqu’ils apparaissent, les 70.000 personnes venues du monde entier hurlent avec joie les paroles pendant que RM, Jin, Suga, J-hope, Jimin, Jungkook et V chantent et dansent, entourés par une bonne cinquantaine de danseurs. Je suis un peu perdue : les journalistes autour de moi ne réagissent pas beaucoup à ce qu’il se passe sur scène et j’ai du mal à trouver ma place. Ai-je le droit de chanter et danser comme les autres fans ?

Les 7 et 8 juin 2019, BTS s'est produit au Stade de France devant plus de 70.000 personnes.
 

21h06. Qu’importe ! Je ne tiens plus en place, la chanteuse Halsey vient d’apparaitre sur scène pour chanter Boy with Luv, le morceau qu’elle a composé avec BTS. Une surprise de taille : la seule fois où ils ont fait cette performance ensemble remonte à la cérémonie des Billboard Music Awards, aux Etats-Unis. Je me décide à poser ma casquette de journaliste : si on m’a envoyée faire ce reportage, c’est justement parce que je connais bien la K-pop, et surtout BTS, que je soutiens depuis 2014. Si je dois faire une critique de ce concert, ce sera en tant que fan. Sur la scène, Halsey remercie BTS et nous confie qu’elle les considère comme sa famille. La foule approuve, ils ont ce don pour éveiller ce sentiment là chez les autres.

22h40. « It’s talk time » lance Suga. Chacun des sept membres prononce un discours pour remercier les ARMYs pour leur amour et leur soutien. Certains essaient même de le dire en français. RM rappelle qu’au même moment, la Coupe du Monde de football féminin démarre ce soir, dans un match qui oppose la France à la Corée du Sud. « C’est un grand jour pour nos pays, n’est-ce pas ? » Derrière moi, un groupe de journalistes quitte les tribunes ; ils ne reviendront pas. A ma gauche, d’autres en feront tout autant avant la fin du concert. A ma droite, par contre, on commence pleinement à se lâcher et à apprécier les performances du groupe. BTS n’a pas convaincu tout le monde ce soir, mais au moins conquis, semble-t-il, quelques curieux.

23h58. J’entre enfin dans le métro au milieu d’une foule qui quitte les lieux à contre-coeur. J’ai pu échanger avec des fans, leur demander leur avis sur le concert et je me sens prête à écrire mon article, même si la pression grandit d’un coup : je ne peux pas me louper. C’est décidé, une fois rentrée, je me fais un bon café, et je m’y mets. Si BTS a lutté de toute ses force contre la tempête, je peux lutter de toutes mes forces contre le sommeil.

02h49. J’ai fini de poser toutes mes notes et d’organiser mes idées. Le soucis, c’est que malgré mes deux cafés noirs sans sucre, mes paupières se font de plus en plus lourdes. Comment vais-je bien pouvoir terminer mon travail ? J’hésite et finalement, j’abdique. Avant de sombrer, je veille à me mettre un réveil pour six heures du matin.

08h49. Je découvre seulement maintenant le dossier de presse que Dawbell m’a envoyé sur mon mail professionnel aux alentours de 17h30 la veille. C’est malin. Je perds alors une demi-heure devant la liste des accomplissements du groupe depuis ses débuts en 2013. Je réalise que s’ils ont travaillé dur et récoltent enfin ce qu’ils ont semé, j’ai moi aussi suivi mon rêve d’aider la K-pop à être acceptée par le grand public. Pendant que j’aiguisais ma plume dans une école de journalisme, BTS préparait une raison suffisante pour que je puisse enfin parler d’eux avec intelligence et respect au sein d’un grand média. Ils avaient raison, le travail d’équipe réalise vraiment des rêves.

11h56. Je traverse mon tout premier breakdown de journaliste. Cela fait des heures que je travaille sans relâche sur mon article. Je n’ai rien mangé ni bu depuis mes fameux cafés de la dernière chance. On me signale que Paris Match a déjà publié son article, Le Monde également. Je perds totalement confiance en mes capacités et commence à croire que j’ai tout raté. Je continue, néanmoins. A ce stade-là, je commence surtout à regretter absolument tous les choix de vie que j’ai pu faire pour me retrouver dans une telle situation. Quelle idée saugrenue de vouloir être journaliste.

14h04. Ca y est ! Enfin ! L’article est terminé et envoyé à mon collègue en charge de la maintenance du week-end. Je n’ai plus aucune confiance en moi, ne compte qu’un petit peu plus de trois heures de sommeil à mon actif, mais mon rôle est terminé. En mangeant deux tranches de brioche, j’en viens à me dire qu’au pire, si l’article est si désastreux, il ne sera jamais publié. Je retourne enfin me coucher.

15h20. Je me réveille. Un coup d’oeil au téléphone m’apprend que l’article a été publié. Dans mes mails, mon collègue me félicite. Il n’a pourtant pas les compliments faciles. Je file sur Twitter pour le partager : plus que les lecteurs du média pour lequel je travail, c’est l’avis des fans qui m’inquiète. Ce sont eux que je ne veux pas décevoir, surtout. Si Le Figaro a validé mes écrits, c’est qu’ils sont suffisamment clairs pour les lecteurs. Mais les fans sont bien plus pointilleux…

18h14. Je suis en chemin vers le Stade de France à nouveau. J’ai acheté une place il y a deux jours pour assister à cette seconde date de BTS, la dernière en Europe. Une décision qu’il me sera difficile de regretter après le concert de folie que je m’apprête à vivre. Le ciel cette fois parfaitement dégagé, c’est sur mon téléphone que les notifications pleuvent. Des journalistes commencent à me suivre, partagent mon article. Serait-il vraiment bon ? Visiblement, puisqu’on me félicite de toute part sur twitter pour avoir transcrit avec justesse les sentiments de la veille. Mon soulagement est immense, j’ai l’impression d’avoir fait quelque chose de bien, d’avoir été utile. Et si c’était ça, finalement, la meilleure partie du métier de journaliste ?

Iris.

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