Un Semestre à la Sookmyung Women’s University

Sookmyung Women’s University est la première université privée pour femmes de Séoul. Elle a été fondée par la famille royale en 1906 et tout comme son nom l’indique, ne forme exclusivement que des étudiantEs. L’exception faisant la règle, les quelques étudiants masculins acceptés dans l’établissement viennent de pays étrangers avec lesquels l’université partage un programme d’échange à l’international. Et c’est par le biais d’un de ces programmes que j’ai pu moi-même intégrer Sookmyung le temps d’un semestre, soit quatre mois, de mars à juin.

© Sookmyung Women’s University

Le campus n’est pas très grand, comparé aux autres universités de la capitale. Il est même coupé en deux par la rue qui y mène. Il y a le premier campus avec le bâtiment principal, un superbe jardin et la cafétéria, et le second, plus vaste, avec la bibliothèque et des grands bâtiments plus spécialisés. Il faut savoir qu’il y a des petits cafés disséminés un petit peu partout d’un côté comme de l’autre, un convenience store, une papeterie et une librairie à l’entrée, et de nombreux espaces de travail. A noter que le campus est entièrement accessible à toutes et tous. Enfin, certaines entrées ferment à partir de minuit, mais la bibliothèque reste ouverte 24h/24.

D’ailleurs, la bibliothèque consiste à elle seule l’une de mes plus grosses surprises. Non seulement on peut y aller à n’importe quelle heure du jour et de la nuit – sauf pour les étudiants masculins qui sont refusés à partir de 22h il me semble – mais l’immense bâtiment de six étages possède un ascenseur, sa propre cafétéria (avec terrace couverte), des espaces de travail sous forme de petites maisons (qu’il faut réserver à l’avance parce que tout le monde veut s’y installer), des canapés, des poufs, un très grand espace informatique, des salles fermées pour les travaux de groupe, des boxes d’une personne pour ne pas être dérangé.e par les autres, un jardin en hauteur avec des petites maisons en bois pour y faire une pause tranquillement à l’abris du soleil… C’est tellement agréable que ça donne réellement envie d’aller y travailler toute la journée.

© 2018 Inkwon & Partners

Ce sur-équipement est vraiment partout. Les bâtiments possèdent tous des fontaines à eau, les salles de classe ont toutes projecteur, ordinateur, micro et tableau, tout est très spacieux. Le matériel est en parfait état, il n’y a aucune fenêtre cassée ou table endommagée. Une fois, une il y a eu une grosse fuite dans l’une de mes classes dû à de fortes pluies, elle a été prise en charge dans la journée. Du temps où j’étudiais le droit à Paris X, je pensais qu’on s’en sortait plutôt bien. J’ai radicalement changé d’opinion en allant à Sookmyung. A la décharge de la France, il faut dire que les élèves sud-coréens paient beaucoup plus cher leurs années d’études à la fac…

Pour ce qui est des cours, c’est un peu galère, et pas du tout comme en France. Ici, c’est à l’américaine, chacun est responsable de ses choix en termes de matières, il n’y a pas vraiment de parcours type pour chaque filière. On raisonne par « major » mais rien n’est imposé. Du coup, on se retrouve avec des classes dont les élèves ont des niveaux et des âges différents. Cette liberté totale, ça crée une compétition assez (très) forte au moment des inscriptions, car les effectifs par classe sont considérablement réduits. L’université laisse deux semaines aux élèves pour s’inscrire à des cours, les essayer, abandonner si pas convaincu.es et en choisir d’autres. On se retrouve alors à guetter à chaque instant la plateforme, pour voir si l’une des rares 40 places pour le cours qu’on veut absolument s’est libérée. C’est super stressant, et demande de faire énormément de compromis dans ses choix, mais au final on s’en sort.

Par exemple, dans mon cas, mon « major » était « Médias », mais obligée de choisir uniquement parmi les cours dispensés en anglais, j’ai décidé de suivre des cours sur les relations internationales, le développement et la communication interculturelle. En tant qu’internationaux, nous ne pouvions choisir que 5 à 6 matières, tandis que j’ai rencontré des étudiantes coréennes qui en comptaient jusqu’à 11 ! Mon petit melting pot de matières s’est malgré tout avéré très intéressant et je suis assez heureuse d’avoir pu les suivre ici, car l’occasion ne se serait probablement pas présentée à moi à Paris. Mon seul regret : ne pas avoir pu caser un cours de coréen au milieu, à cause de conflit d’horaires dans mon emploi du temps…

Enfin, en ce qui concerne la charge de travail, on ne va pas se mentir, y’a du boulot. Ou plutôt, mes matières étant un peu compliquées, j’ai eu vraiment pas mal de boulot. Cependant, là, pas question de longues dissertations à rendre pour le lendemain, mais plutôt de nombreux travaux de groupe, qui nécessitent de se voir, de s’organiser comme il faut, et de sauver la mise quand l’une des membres ne fait pas sa partie – car, oui, ça arrive partout ! Et ici, qui dit travail de groupe, dit présentation devant la classe avec Powerpoints super travaillés et speech appris par coeur, sauf les quelques fois où les notes sont permises. J’ai même dû, pour l’une de mes présentations, m’habiller avec un code couleur particulier afin de m’accorder avec mes camarades car cela rentrait dans les critères de notation du professeur…

En parlant de notes, les partiels sont différents eux aussi de ce à quoi j’étais habituée. Au milieu du semestre, fin avril, nous avons eu droit à une première semaine d’examens. Là, les profs ont la liberté totale en ce qui concerne le travail qu’ils nous demandent. J’ai eu à faire des exposés, mais aussi un QCM accompagné de quelques questions aux réponses limitées à 200 signes – ce qui est vraiment court. Et surprise totale, dans deux de mes classes, les professeurs nous ont donné à l’avance les questions auxquelles il faudrait répondre au moment de l’examen ; ce qui signifie qu’ils nous ont laissé littéralement 3 à 4 jours pour faire nos recherches, réfléchir à une réponse, l’apprendre par coeur, et le jour du partiel, tout coucher sur la feuille de réponse. Assez inattendu, pour le coup.

Une fois, ma professeure de Relations Internationales a pu louer une salle de conférence de l’université pour nous faire simuler une réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Après ces premiers midterms, chaque professeur a demandé un retour des élèves sur les questions et l’organisation même de l’examen, afin d’adapter les partiels finaux en fonction. C’est un peu le bureau des réclamations, mais c’est agréable de savoir que son ressenti est pris en compte. C’est comme ça que pour mon cours de Relations Internationales, beaucoup d’internationaux s’étant loupés sur le QCM, notre professeure a décidé de nous demander, pour l’examen final, de lui déposer une dissertation sous forme de rapport, dont elle nous donnerait le sujet 3 jours à l’avance. Histoire de se rattraper un peu.

La façon de noter les élèves internationaux et les élèves coréennes n’était pas la même, d’ailleurs. Nous, nous étions simplement notés en fonction de nos réponses. Il me semble avoir compris que pour les étudiantes coréennes, un quota strict de « A » était déterminé à l’avance. En fonction du résultat à l’examen, avec un quota de « A »  fixé à 15 personnes par exemple, si 17 personnes obtenaient de très bons résultats, seules 15 d’entre elles recevaient un « A ». Ainsi, deux personnes se verraient attribuer, malgré leur haut niveau, la note en-dessous. C’est un système qui peut sembler particulièrement injuste pour nous, car en France seule la moyenne générale permet de se situer par rapport au reste des élèves, et elle n’influence pas nos résultats. Cela explique aussi la compétition particulièrement rude en Corée du Sud lors des jours qui précèdent les partiels, car peu importe si les réponses sont bonnes, il faut qu’elles soient meilleures que celles des autres. Sinon il faut s’attendre à recevoir une note diminuée, même si techniquement le travail aurait mérité un meilleur retour.

L’ambiance pourrait vite devenir invivable avec une pression pareille. Mais pour nous encourager, l’université organise avant chaque semaine d’examens une grande distribution de nourriture gratuite. On peut venir chercher des snacks, des paquets de ramens, des boissons sucrées, d’autres vitaminées ou qui facilitent la digestion, parfois des cannettes de café et de thé.

Une énorme file se crée en général à la mi-journée le long du jardin pour recueillir ces cadeaux un par un. Je n’ai malheureusement jamais pu en bénéficier car cela tombait à chaque fois le jour où je n’avais pas de pause déjeuner entre 12h et 13h. Il n’empêche que c’est très revitalisant de se sentir soutenue par l’établissement de cette manière pendant la dernière semaine de révisions.

D’ailleurs, pour ne pas laisser les élèves internationaux à l’abandon, le club URINK de l’université nous a assigné à chacune et chacun une « buddy », une élève coréenne pour nous guider et échanger avec nous. Le club a passé le semestre à nous organiser également plusieurs sorties pour découvrir Séoul et apprendre à nous connaitre, toujours dans la bonne humeur. C’est d’ailleurs ce que je retiens surtout de mon semestre à Sookmyung, la bienveillance tant venue de l’établissement, que des profs et d’une majorité des élèves. Y étudier, c’est être poussée vers le haut chaque jour, c’est être encouragée à prendre la parole, à donner son avis, à échanger dans le respect et l’ouverture d’esprit, c’est être écoutée et inclue. J’ai adoré ma vie sur le campus, et ça m’a fait tout drôle de réaliser à la fin du semestre que je n’y étudierai plus.

A la fin du mois de mai, l’université a organisé son festival de printemps. Pendant trois jours, des stands se sont dressés sur le campus pour vendre toutes sortes de choses, et deux concerts ont eu lieu sur l’esplanade.

Je suis véritablement reconnaissante pour toutes les enseignements que j’ai tirés de cette expérience, et pour toutes les amies que j’ai pu me faire. Si vous êtes étudiant.e et envisagez la possibilité d’aller étudier en Corée du Sud, franchement, foncez. C’est probablement la meilleure chose qui me soit arrivée dans toutes mes années d’études combinées – et ça en fait un sacré paquet.

Si vous vous interrogez un peu sur quelques points, n’hésitez pas à venir me poser vos questions. Je serais vraiment ravie de pouvoir y répondre ! ~

Sincerely,
Iris.

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